France Terre Textile appelle designers et marques à s'approprier le label

Le 10 octobre, une quarantaine d’industriels du label France Terre Textile ont été reçus à l’Assemblée nationale par une quinzaine de députés. Une rencontre non tournée vers des revendications, mais sur une volonté d’échange, insiste le label, qui appelle aujourd’hui designers et marques à venir challenger les industriels et à se faire les ambassadeurs du savoir-faire textile français.


Une quarantaine d'industriels ont rencontré les députés le 10 octobre - Nicolas Forissier, député de l'Indre

La matinée de rencontre a permis d’aborder avec les élus différents défis clefs de la filière. Paul de Montclos (société Garnier Thiebaut) a ainsi évoqué les limites du « made in », Eric Boel (Les Tissages de Charlieu) a abordé la place de l’innovation, Philippe Lefebvre (L’Ascenseur) l’emploi et la formation, Benoît Basier (Corderie Meyer-Sansboeuf) les marchés publics. Sans oublier Séverine Crouvezier (Crouvezier Développement) venue aborder la place de l’environnement et Yves Dubief (Tenthorey) la conjoncture et fiscalité de la filière. Philibert Varenne (Maison des Canuts) a quant à lui présenté la campagne de sensibilisation des consommateurs « Lowcost ou Local ».

Au-delà des élus, cette rencontre atypique était aussi l’occasion pour la centaine d’industriels labellisés de lancer un appel aux créateurs et marques. « Nous nous sommes posé la question de savoir comment séduire les créateurs et le monde de la mode afin qu’ils s’approprient la démarche France Terre Textile. Pourquoi ne pas envisager que certains créateurs mettent en avant les industriels du label, ce qui serait pour nous un relais significatif, mettant au passage en valeur notre savoir-faire et notre capacité de design », explique Paul de Monclos, président du label, qui invite les créateurs à venir mettre les industriels au défi avec leurs demandes spécifiques.

Modernisation et formation

Côté élus, France Terre Textile fait le choix de la pédagogie. « Nous ne sommes pas venus revendiquer, sinon nous serions venus à plus pour brûler des pneus », résume à l’issue des échanges Paul de Monclos, récoltant les rires de ses pairs et du député divers droite de la troisième circonscription des Vosges, Christophe Naegelen, qui organisait la rencontre. Une illustration de l’atmosphère voulue par les industriels, qui ne sont cependant pas sans nourrir quelques espoirs de soutien de la part des corps exécutif et législatif pour faire croître leur label.

Un soutien qui pourrait notamment accompagner le développement de la filière vers les nouvelles technologies, à l’heure où le textile connecté prend une place croissance. Point sur lequel France Terre Textile espère avoir « un œil attentif » de l’administration. Les attentes portent également sur la formation, la filière textile peinant de manière croissante à trouver du personnel qualifié pour répondre aux nombreux départs en retraite de tenants de savoir-faire parfois rares.

« La filière a pris l’habitude d’attendre de se faire aider par une administration providentielle et a décidé de former ses propres collaborateurs. Or, cela a un coût », souligne Paul de Monclos. « La question est donc de savoir comment le répartir. Et par ailleurs, nous sommes aussi obligés d’enseigner une série d’éléments de base, comme la règle de 3 ou les notions de chiffre d’affaires et marges. Fournissez-nous du savoir-vivre, nous fournirons du savoir-faire », résume le responsable.

Appels d’offre et fiscalité

Sans surprise, la fiscalité faisait partie des principaux points soulevés par les industriels auprès des députés. « L’industrie textile, comme l’ensemble de l’industrie, va mieux, mais ne va pas pour autant bien. Elle souffre d’un déficit de compétitivité par rapport à ses homologues européens, dû à des charges sociales trop élevées et des impôts de production bien trop élevés. La moyenne européenne est à 1,6 point de PIB, la France est à 3,2 points et l’Allemagne à 0,6 point. »


Les représentants de France Terre Textile entourant le député Christophe Naegelen - France Terre Textile

« Quand vous écoutez les professionnels qui sont eux tous les jours la tête dans le guidon et vivent ce "matraquage fiscal", vous ne pouvez qu’être d’accord avec eux. Et c’est tout l’intérêt de ce type d’échange », explique le député Christophe Naegelen, qui souhaiterait par ailleurs se servir des marchés publics pour accompagner la filière. Prenant pour exemple la production étrangère du maillot de l’équipe de France de football. « Certaines fédérations, comme le rugby, choisissent de produire en France. Je vais sous peu envoyer une lettre à la fédération de football pour qu’elle prenne exemple. Il n’y pas pour l’heure de cadre législatif sur lequel rattacher aujourd’hui une loi », déplore par ailleurs l’élu.

Taxes affectées

Cette rencontre intervient dans un contexte tendu entre la filière mode et le ministère des Finances. Bercy a en effet déclenché une levée de boucliers chez les professionnels du cuir et de la création en souhaitant renforcer ses prélèvements sur les taxes affectées, mises en place volontairement par les filières pour financer les aides à leur développement.

« Nous estimons que c’est une mauvaise chose, pour Yves Dubief, président de l’Union des Industries Textile (UIT). Ce sont les entreprises de ces secteurs qui ont mis en place cet outil (la taxe affectée, ndlr) pour financer des dispositifs d’accompagnement, notamment à l’export (type Défi, ndlr). Il n’y a aucune raison que ces sommes prélevées sur les chiffres d’affaires des entreprises, afin d’aider la filière elle-même, soient encore plus plafonnées pour rentrer dans le budget de l’Etat. »

« Quand nous déposons un amendement à une loi, il est compliqué de faire des spécificités pour exclure du dispositif une filière en particulier. Mais il y a aussi de bonnes choses dans le Projet de Loi de Finance (PLF), dont la suppression de nombreuses taxes à faible rendement, qui coûtent plus à être collectées qu’elles ne rapportent. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est de savoir quelles seront les compensations mises en place », conclut le député Christophe Naegelen, qui siège à l'Assemblée aux côtés des Républicains et de l'UDI.

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