Le crowdfunding : une alternative et un tremplin vers le financement classique

Presser un CD, trouver les fonds pour le tournage d'un film, lancer une collection de t-shirts : les plateformes de financement participatif ont depuis quelques années permis à des particuliers ou des groupes de jeunes entrepreneurs de financer leurs projets. Ainsi, Ulule et KissKissBankBank se chargent uniquement de collecter des fonds pour financer un projet, ce qui n'aboutit pas à des prises de participation par les investisseurs.
 

Accueil de la plateforme SmartAngels

Mais une nouvelle génération d'acteurs du crowdfunding émerge et propose aux investisseurs particuliers et professionnels de financer les projets via l'acquisition d'actions, comme Raizers ou SmartAngels. Ces plateformes, dédiées aux start-up et PME, attirent notamment les griffes de mode et beauté.

Par exemple, sur la cinquantaine de projets financés sur SmartAngels, une dizaine de jeunes marques ont pris le pari de vouloir séduire les professionnels et les particuliers via cette plateforme pour lever des fonds.

Pour Stéphane Marrapodi, dirigeant de la marque pour enfant Bleu comme gris, le concept répond à un réel besoin. Il explique : « Le crowdfunding répond à un vide sidéral. Quand vous n’êtes pas rentable, que vous n’avez pas de fonds propres positifs, il y a une absence totale des banques et des investisseurs. »

En effet, la problématique de financement de jeunes porteurs de projets et les attentes des financiers classiques divergent en tout point. Stéphane Marrapodi poursuit : « Etant donné que vous n’avez pas énormément à vendre au début, aux yeux des fonds d’investissement, vous ne valez pas grand-chose et ils veulent alors vous acheter pour rien. Mais nous, nous accordons de l’importance à notre projet et plus de valeur en pariant sur son développement. »

La réalité du marché du textile aujourd’hui ne semble pas jouer non plus en la faveur des entrepreneurs. Guillaume Alcan, cofondateur des souliers M. Moustache, confie : « Lorsque nous avons commencé à réfléchir à une levée de fonds, nous ne nous étions pas tournés vers le digital, nous nous étions rapprochés de fonds classiques. Mais le secteur, pour eux, n’est pas hyper excitant. Ils sont plutôt à la recherche de nouvelles technologies. »

Fondé par Benoît Bazzocchi, SmartAngels met en relation les start-up et investisseurs via son site. Après l’acceptation du dossier par la plateforme, une phase de pré-souscription est lancée sur le site afin d’analyser la désirabilité du projet. Si les intentions d’investissement sont satisfaisantes, la marque peut passer à la prochaine étape, qui est la souscription. A partir de ce moment-là, les intéressés ont deux mois pour réserver des titres.

Si le montant fixé, défini au préalable, est atteint, le défi est relevé et les investisseurs participants deviennent alors actionnaires directs de l’entreprise. Dans le cas contraire, les fonds récoltés sont rendus à leurs propriétaires.

Un accompagnement

Mais plus que de la mise en relation, les griffes s’accordent pour dire avoir apprécié l’accompagnement fourni par SmartAngels. Souvent novices en matière de levée de fonds, les petites entreprises ont besoin d’être encadrées sur tous les volets (juridique, financier, légal). Laurent Valembert, cofondateur de la maroquinerie Ateliers Auguste, confirme : « Pour effectuer une levée de fonds, il y a des règles à  respecter, avec la plateforme, le projet devenait plus concret et c’était plus rassurant ».

Des affirmations appuyées par Julie Delaissé, cofondatrice de la griffe féminine Blune Paris : « L'accompagnement est un élément clé de la réussite de la levée car il permet d'appréhender des sujets tels que le business plan, la valorisation de la société, le pacte d'actionnaires... avec davantage de sérénité et de professionnalisme. »

Pour les Ateliers Auguste, l’objectif est d’atteindre les 300 000 euros. Pour les autres, la levée de fonds a rencontré un franc succès : Blune a atteint les 360 000 euros, M. Moustache plus de 700 000 euros, tout comme Bleu comme gris. Des sommes conséquentes qui leur ont permis d’avancer dans leur déploiement : ouverture de boutique, agrandissement de leur gamme, développement de l’équipe, augmenter leur besoin en fonds de roulement… Tout en gardant le contrôle sur l’activité de leur entreprise.

En effet, même si plusieurs investisseurs intègrent le capital des marques, ils restent minoritaires et ne peuvent être contraignants. Seul bémol du côté de Blune Paris, le prix du ticket d’entrée plutôt alléchant. Julie Delaissé fait remarquer : « Le ticket d'entrée est mis volontairement bas pour attirer le plus d'investisseurs possibles, mais il y du coup un risque pour l'entreprise financée de se retrouver avec un actionnariat du type CAC 40 dès ses premiers pas ! »

Les interrogés sont donc unanimes : la plateforme de financement participatif est un bon tremplin pour eux et surtout elle permet de se faire des contacts. Car parmi les investisseurs qui sont entrés au capital via SmartAngels, certains sont intéressés pour augmenter leur participation lors d'une deuxième levée de fonds.

Mais les porteurs de projets, s’ils devaient renouveler l’opération, ne se tourneraient pas forcément vers une plateforme. Avec plus de poids grâce à la première levée, ils s'orienteraient plutôt vers un financement classique. Le dirigeant de Bleu comme gris conclut : « Une fois les 200 000 euros trouvés, il faut passer au million d’euros et là, sur ce genre de plateforme, c’est plus délicat ».

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