Pour ses 50 ans, Ralph Lauren plaide pour un rêve américain plus inclusif

Voilà ce qu’on appelle un home run. C’est le seul jugement un tant soit peu sérieux qu’on puisse formuler après l’incroyable défilé des 50 ans présenté à Central Park par Ralph Lauren.


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Ralph Lauren - printemps-été 2019 - Womenswear - New York - © PixelFormula

Ce défilé était aussi un plaidoyer opportun en faveur de l’accueil et de l’inclusion : accepter l’émigration et respecter toutes les cultures, un discours porté par l’homme qui est sans conteste le plus important créateur d’Amérique.

Vêtu de son blazer classique tellement Wasp et d’un jean usé, Ralph est venu saluer main dans la main avec un jeune garçon noir coiffé de dreadlocks. Retenant ses larmes, il a pratiquement dû se battre pour se frayer un chemin sur le podium alors que le public se déchaînait pendant cinq minutes d’ovation.

Un défilé grandiose auquel Hillary Clinton est venue pour lui rendre hommage. Tandis qu’Oprah Winfrey a proposé de porter un toast, avec un merveilleux discours, plein d’esprit, et que de très nombreuses stars de cinéma côtoyaient pléthore de VIP : Bruce Springsteen a posé avec Ralph, Jessica Chastain a bu un verre avec Imogen Poots et Tom Hiddleston traînait avec Pierce Brosnan. Hillary Clinton, quand à elle, bavardait avec Tony Bennett.

« Bonjour, je m’appelle Oprah. J’aimerais porter un toast à Raph Lauren. Quel triomphe d’être capable de concentrer 50 années de mode extraordinaire en une demi-heure. La véritable raison pour laquelle nous sommes tous ici, ce n’est pas le défilé : c’est pour vous célébrer vous, Ralph Lauren, pour ces 50 années passées à imaginer nos rêves, 50 années à stimuler nos ambitions et 50 années à créer et insuffler des valeurs et du sens dans le glamour. Votre histoire, c’est aussi notre histoire à tous. Le fait que vous, un gamin du Bronx, ayez été capable d’avoir une idée de maxi-cravates et de ne pas vous la laisser piquer par Bloomingdale's ! Et d’en faire une entreprise gigantesque qui étend ses tentacules partout dans le monde ! » a souligné Oprah Winfrey, sous les rires et les applaudissements.

Le défilé était présenté dans la splendeur de Bethesda Terrace et de ses fameux carreaux, au cœur de Central Park. Une envolée d’arcades néo-classiques et un podium de tapis usés, en cohérence parfaite avec les leitmotivs qui font l’ADN de Ralph Lauren : la noblesse fanée et l’élégance dépenaillée.

Il a ouvert le bal avec une silhouette qui a elle seule incarnait sa conception triomphale de la mode : un optimisme américain, embrassant ses racines diverses comme ses arrivants plus récents. Une chemise western à gros carreaux écossais, légèrement usée, sur une robe nuisette argentée sexy, coupée par une ceinture de cow-boy du Nouveau-Mexique, le tout parachevé – dans un clin d’œil à Manhattan – par des bottines en imitation léopard.

Il n’y a que chez Ralph Lauren qu’on peut trouver une robe en velours moulante associée à un cardigan avachi et un bonnet. Ou de superbes jupes en patchwork de velours accompagnées de chapeaux cloche de guerriers sioux. Car aucun autre créateur n’arrivera jamais à reproduire l’amalgame unique d’opulence et de décontraction, de pièces ethniques et de style patricien proposé par Ralph.

Pour les hommes, des manteaux couvertures en patchwork sur des pantalons de motard en cuir ou des manteaux et vestes à carreaux de grand baron, complétés par des chaussures de randonnée ou des mules en velours pour dîner chic. Beaucoup de hauts et de pantalons de jogging portaient le logo Class of 67, en référence à l’année où il a vendu sa première collection de cravates.

Ralph Lauren a aussi intégré ses lignes Polo et Ralph Lauren Sport au défilé. Alors que celui-ci montait en puissance, beaucoup de mannequins sont apparus accompagnés d’enfants, parfois les leurs, parfois des gamins d’autres races, racines ou origines.

Sans aucun doute, ce casting (des jeunes, des vieux, des noirs, des blancs, des latinos, des Asiatiques, des Africains, des gens âgés et d’autres auréolés de tous les possibles de la jeunesse) constituait un choix très politique, une riposte inclusive face à la vulgarité ridicule qui règne aujourd’hui à Washington. Le président en poste n’a pas été mentionné une seul fois, comme si son nom était un juron.

Il y avait littéralement embouteillage de créateurs : Calvin Klein, Tommy Hilfiger, Diane Von Fürstenberg, Tory Burch, Michael Kors, Donna Karan et John Varvatos.

« Ce ne sont pas juste les vêtements, c’est un discours qu’il était important de porter », expliquait Diane Von Fürstenberg. Tandis que Tommy Hilfiger ajoutait : « Une collection splendide et j’ai aimé toutes les pièces. Et je suis d’accord avec ce que Ralph a exprimé très clairement avec ce défilé ».

Le lendemain de la prise de parole de Barack Obama pour dénoncer la « politique de la peur et du ressentiment », c’était une magnifique prise de position visuelle, à travers la mode, en faveur d’un monde plus inclusif.

Même la bande-son en disait long, de She Belongs to Me de Bob Dylan à The Jazz Singer de Neil Diamonds, en passant par un remix de Secret Garden de Bruce Springsteen, qui figurait sur la bande originale du film Jerry Maguire, en 1996. Toutes ces chansons expriment parfaitement le désir, l’amour et le réalisme brutalement honnête de la musique américaine.

Après le défilé, près de 500 invités ont pu dîner sur des tables couvertes de fleurs, de bougies, de porcelaine fine et de verres en cristal, tandis que la pluie tombait sur le célèbre parc.

La mode n’est peut-être qu’une histoire de vêtements, mais toutes ces aventures créatives sont aussi l’expression de notre époque. Et Ralph Lauren, sans avoir jamais fait de déclaration politique directe, a résumé l’état d’esprit de la métropole new-yorkaise, où l’on considère que jouer les divisions et chercher des boucs émissaires pour les problèmes actuels n’est pas un comportement correct.

En un mot, ce défilé a incarné avec noblesse le rêve américain, dans tout son optimisme. Comme si d’une certaine façon la Fashion Week de New York faisait écho aux funérailles récentes de John McCain à Washington, où les gens bien se sont dressés pour faire ce qui était juste.

« Central Park, c’est New York. J’y vis et je l’adore. J’ai pensé : voilà ce que je fais. C’est ça la vie dont j’aime faire partie », a expliqué Ralph Lauren à FashionNetwork.com. « J’avais quelque chose à dire au sujet de l’Amérique. Il ne s’agit pas des vêtements, mais d’un esprit, tel que je le ressens », a ajouté le créateur, revenant sur sa carrière. « Je n’ai jamais eu de plan tout tracé. Je savais juste qu’il fallait que je bosse dur. Je voulais faire mon truc à moi et gagner ma vie, pour pouvoir fonder une famille. C’est tout. Je n’avais pas fait de plans. J’ai eu de la chance. Je suis modeste, mais arrogant. Peut-être pas arrogant, disons que j’ai confiance en moi. Profitez bien de la fête ! »

Traduit par Marguerite Capelle

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