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Hugo Boss et les propriétaires de BMW brisent le tabou sur leur passé nazi

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28 sept. 2011

Francfort (Allemagne), 28 sept 2011 (AFP) - La famille Quandt, richissime propriétaire de BMW, et la griffe de prêt à porter Hugo Boss, deux grands noms de l'économie allemande, tentent de solder les comptes de leur passé nazi, 70 ans après. Loin d'être une "victime des nazis", comme il a voulu le faire croire à la sortie de la guerre, Günther Quandt, patriarche d'une des familles les plus riches d'Allemagne, "faisait partie du régime", assène le rapport commandé à un historien indépendant.

Hugo Boss, BMW
Boss Black automne-hiver 11/12.

Publié fin septembre, l'enquête de Joachim Scholtyseck est un exercice "d'ouverture et de transparence" selon ses petits enfants, qui écorne sérieusement l'image du fondateur de leur empire industriel et de ses fils Herbert et Harald.

Dans ses usines, Günther Quandt a exploité parfois jusqu'à la mort plus de 50.000 travailleurs forcés, prisonniers de guerre et de camps de concentration, pour fabriquer armes et batteries indispensables à Hitler. Entrepreneur "sans scrupules", il a prospéré pendant le nazisme, en profitant pour spolier des entrepreneurs juifs et transformer son affaire en empire industriel. Il était certes en froid avec Joseph Goebbels, mais pour des motifs personnels -- après leur divorce, sa femme Magda avait épousé le chef de la propagande d'Hitler et élevait leurs enfants auprès de lui.

Son fils Herbert, l'une des figures du patronat allemand lors du "miracle économique" de l'après guerre, révéré pour avoir sauvé BMW de la banqueroute en le rachetant en 1959, en prend aussi pour son grade. Il a eu recours à des travailleurs forcés alors qu'il dirigeait l'une des entreprises du groupe à Strasbourg et à la fin de la guerre, a même chapeauté la construction d'un baraquement pour des prisonniers de camps de concentration à Sagan, dans l'actuelle Pologne, révèle l'historien.

Forts de ce travail, les petits-enfants Quandt, à la tête d'une fortune estimée à 20 milliards d'euros, disent à présent leurs "regrets profonds" du travail forcé, mais ne se résolvent pas à répudier leur grand-père. "Nous aurions aimé qu'il soit différent", a déclaré Gabriele Quandt, dans l'unique interview accordée depuis la publication de ce rapport, à l'hebdomadaire Die Zeit. Stefan Quandt voit dans cet homme "un entrepreneur responsable", éloigné de la politique et qui "n'avait pas pour but de tuer des gens". Un portrait contesté par les recherches de M. Scholtyseck.

Du côté d'Hugo Boss, pas d'histoire de famille mais le souci de couper court aux "déclarations vagues sur son passé". Une rumeur embarrassante voulait que son fondateur fut le "couturier préféré" d'Hitler. Ferdinand Hugo Boss a bien fourni le parti nazi en chemises brunes, dès 1924. Après la crise de 1929, il a adhéré au parti, et pas seulement pour pouvoir fournir la Wehrmacht et les SS en uniformes. Ferdinand Hugo Boss n'était "clairement pas" hostile aux nazis, et adhérait à leur politique, juge l'étude commandée à un autre historien et qui vient de paraître, mais il était loin d'être le principal fournisseur d'uniformes du régime.

Pour solder le passé, le fabricant de prêt-à-porter a "présenté ses profonds regrets" d'avoir employé 140 travailleurs forcés, dont une majorité de femmes et 40 prisonniers de guerre français.

La plupart des entreprises allemandes ont eu recours au travail forcé pendant le nazisme. Au total, 6.500 d'entre elles ont contribué au financement de la fondation Mémoire, responsabilité et avenir (EVZ), qui a versé 4,4 milliards d'euros de dédommagement à plus de 1,6 million d'anciens travailleurs forcés ou à leurs héritiers.

Mais beaucoup d'autres, ne répondant pas aux critères, n'ont jamais été indemnisés. Les dernières recherches historiques évaluent jusqu'à 20 millions le nombre de travailleurs forcés dans l'Europe hitlérienne.

Par François BECKER

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